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RIEN A VIVRE : LE PROGRAMME DU POÈTE LUCIEN BECKER

9 Avril 2012 , Rédigé par BRIGALE Publié dans #poèmes

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Lucien Becker est un poète lorrain né à Metz en 1912 et mort à Dieuze en 1984.

De souche paysanne, résistant, commissaire de police à Marseille puis à Paris, il fut - comme l'indiquent les titres de ses principaux recueils :  La solitude est partout, Le Monde sans joie, Rien à Vivre - une sorte de desperado solitaire ne voyant que dans l'amour et les femmes un moyen d'échapper pour un instant à la mort et au néant.   

Un très grand poète méconnu de notre temps, dont voici quelques échos de la voix sobre et sans complaisance :

 

       La vie n'est pas en moi

       elle est dans ce visage près de mon visage,

       elle est dans ces yeux dont mes yeux

       n'arriveront jamais à retenir la beauté,

       elle est dans ces lèvres qui me font naître d'un baiser,

       c'est la seule place chaude sur la terre... (extrait)

 

                     Après une journée perdue comme toutes les autres

                     à attendre dans un bureau qu'on ait gagné sa vie

                     on entre dans la nuit

                     avec la certitude qu'elle vous offrira sa rançon de femmes (extrait)

 

La vie est belle

La vie est belle, belle à en crier,

A chaque carrefour, elle change de tête,

à chaque chaque baiser, elle change de bouche,

à chaque femme, elle change de seins.

 

Les regards sont plus beaux les uns que les autres

et chacun d'eux, s'il se lève d'un visage de femme,

est bouleversant comme la dernière jetée de soleil

sur une ville qui s'enfonce dans le soir.

 

Au coin des lèvres, il y a du sang

mais personne ne peut l'enlever

car il vient tout droit du coeur

rappeler que la bouche est une source de feu.

 

Les chambres d'hôtel sont ternes,

mais la joie des corps y brûle,

contenue entre deux peaux frémissantes,

inapaisée comme tout un été.

 

Les mains courent, s'assemblent, se recueillent,

étonnées, à chaque halte, de contacts

à faire frémir toute une forêt,

à faire monter la mer jusqu'à sa plus haute vague.

 

Mais le coeur reste indifférent 

aux mots où l'amour met sa chaleur :

il ne veut pas, il ne peut pas choisir,

parce que la liberté est encore plus belle que l'amour.

 

          (Rien à vivre - Gallimard, 1948)

      *** 

Au-delà de mes mains refermées sur toi,

au-delà de ce baiser qui nous dénude,

au-delà du dernier mot que tu viens de dire,

il y a le désir que nous tenons vivant contre nous.

 

Il y a la vie des autres qui remonte de la ville

sans pouvoir aller plus loin que la porte

derrière laquelle les murs écoutent à notre place

le bruit que le coeur des hommes fait dans la rue.

 

Tu dépasses les herbes 

de quelques hauteurs de soleil.

Je te sens à peine bien que je sois sur toi

comme sur la pointe la plus aigüe d'une montagne.

 

Tu es entière contre chacune de mes mains,

tu es entière sous mes paupières,

tu es entière de mes pieds à ma tête,

tu es seule entre le monde et moi.    

 

        (Plein Amour, Gallimard 1954)

 

 

 

 

 

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fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 03/05/2012 03:10


Blog(fermaton.over-blog.com), No-20. - THÉORÈME LUMINEUX. - La vie est un visage ?

Zaz 21/04/2012 18:59


Très beaux, en effet.


Publié chez Gallimard, quand même ! Et malgré tout inconnu, même dans sa région... Mais chacun sait que nul n'est prophète en son  pays ! Alors j'ose espérer qu'il est connu ailleurs...

Durgalola :0071: 09/04/2012 18:00


de très beaux vers ; un poète que je ne connaissais pas.


et Djinnie attend toujours sa balle


toujours sa balle elle attend


son regard fixé sur moi


sur moi son regard quémandeur


encore moi pour jouer


pour jouer il faut être deux


un donne et l'autre reçoit



Djinnie attend